Fanchon / proposition de Fabien Saudemont.

Publié le par L´homme à la culotte rouge / Polar historique

 

FANCHON
alte_floetenspieler_hi.jpgCe qu'elle se gardait bien de narrer à ses étranges visiteurs, c'est que « la culotte rouge »lui offrit un bien plus grand hommage que tout les ducs et les marquis ne l'auraient pu … A elle ! Une fille de rien ... méprisable.
En effet, durant ses deux ans où il vagabondait dans cette petite contrée de Lorraine, un lien les avait unis (détresse ou rejet ?). Ils se sentaient à la périphérie d'une société leur refusant tout autre grade que celui de servir. Bref, cette circonstance fait que de rien ou si peu jaillit tous les trésors.
Elle aimait l'écouter jouer de la vielle lors des soirées fraîches et ennuyeuses que lui procurait jusque la sa destinée
Lui, se sentant écouté et exister par une âme , laissait glisser ses gros doigts rustres et calleux sur les cordes longues et frêles qui vibraient et renvoyaient des sons à faire frémir l'épiderme ; un peu comme la caressante chaleur d'une bûche crépitant dans la cheminée nous procure ses délices et que l'on se sent sécurisé, en immersion dans les rêveries
Ces deux âmes savaient se comprendre.
Et ces réjouissances elle ne les oubliera jamais, même si ce temps assassin et cruel et passé si rapidement... ; Et pour cause …
Un soir, après que la culotte rouge et Fanchon eurent comme à leur habitude, depuis cette fusion, mangeaient les restes des cuisines, il l'a fit asseoir à son cote de lui
- « Fanchon, je dois reprendre la route, je ne puis rester ici plus longtemps et je ne puis t'expliquer les raisons.
Un silence régna quelques secondes, résumant leur histoire, remettant en cause se cocon de chaleur qu'ils s’étaient forgé.
Mais avant reprit-il, je voudrais t'offrir ceci :
Il secoua alors sa vielle de laquelle un bruit de culbute se fit entendre et de la caisse de résonance jaillit une boule, lisse, blanche habillée d'une pellicule noire et cassante comme une coquille d’œuf.
En un mot, un bulbe.
-Qu'est-ce? Interrogea Fanchon.
-Un souvenir d'une étape dans une abbaye qui me crée bien des embêtements, mais là ou je vais, il ne pourra me suivre sauf si tu le prends.
Mais garde toi bien de le planter en vue, il n’est qu’ toi, pour toi seule.
Fanchon ramassa le bulbe, le rangea dans son tablier.

 

Ils se dirent adieu après encore quelques airs de vielle, sombres, voluptueux et empreints de soupirs.
Le lendemain Fanchon décida de planter cet hommage immortalisant un bonheur de passage qui ne reviendrait peut être plus.
Il y avait dans les terres de ses maîtres des endroits inespérés que leurs pieds « gracieux »ne risquaient pas de fouler .Le feraient-ils un jour ?
Elle s’arrêta au milieu de deux chênes centenaires et se dit
-ICI !
De ses doigts elle fit un trou de quelques centimètres dans la terre humide et y déposa son trésor, son protégé, se gaussant au fond d'elle même d'avoir quelque chose qu'on ne lui prendra pas et qui sera son Secret à elle.
L’hiver se passa froid et pénible, la mare a passé le plus clair du temps gelée. Quand on sortit enfin de cette tourmente le cœur de Fanchon se réchauffa lorsque germa enfin l'objet de ses attentions.
Une pointe verte, glauque se présentait offrant deux feuille oblongues, au centre, un bouton pointu prenait quotidiennement de la hauteur du haut de sa hampe.
Il fallut encore un peu de patience pour découvrir que ce végétal était une »TULIPE » et quelle tulipe !
Une tulipe rococo, magnifique, rouge profond et éblouissante, frangée d'une délicieuse dentelle arrogante et voluptueuse.
Au centre de chaque pétale, une strie noire mettait les rouges et jaunes en valeur et cette magie rayonnait autour d'un pistil prenant l'apparence d'un roi ou d'une reine maintenant l’équilibre des pétales.
Cette merveilles incendiait les rétines de Fanchon qui , émue sentit la chaleur d'une larme roulée comme une goutte de rosée sur sa joue.
-Une tulipe! S'émerveilla-t-elle
-Même Madame ne peut se le permettre
Fanchon n'avait comme la plupart des gens jamais vu de tulipe mais Madame les a tellement décrites avec ses amies que tout de suite elle comprit que c’en était une.
D’où la tenait-il la culotte rouge ?
Tant d'interrogations, d'exclamations foudroyaient le cerveau de Fanchon qu'elle en eut le vertige.
-Une tulipe s’étonna-t-elle !, ma tulipe !
Elle comprenait bien que cette simplicité de dame nature valait plus que les parures de diamant de sa maîtresse et que d'en posséder une était encore plus rare que de trouver un trèfle à quatre feuilles.
Elle, à qui la vie n'a pas fait de cadeaux et qui jamais n'a envié ce qui brille, conclut que posséder une tulipe c'est beaucoup trop, mais dans ce rouge elle y trouva le réconfort d'un cœur qui lui offrit et à ce seul titre, elle sacralisa ce présent.
Voilà pourquoi durant des heures, après que les taches soient accomplies et que Madame fut partie en promenade, elle vint admirer cette beauté fastueuse.
Et en rêvassant elle pouvait entendre, venu du creux du calice, un son....Le son de la vielle de la culotte rouge
Pensez vous que l'on puisse dans ces conditions raconter à des étrangers ou a qui veut l'entendre ce secret merveilleux et précieux ? D'autant plus lorsque tout ce qui vous entoure, y compris vous même, semble ne pas vous appartenir.

Fabien Saudemont ( Novembre 2011)

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