On ignore enfin, le répertoire joué par ces musiciens !

Publié le par L´homme à la culotte rouge / Polar historique

800px-Georges de La Tour 057" Si ses vielleux sont, à juste titre, célèbres, mais combien d'entre vous ont remarqué le joueur de cornemuse présent dans le tableau de Georges de La Tour : "Rixe de Musiciens" (14). Cette œuvre constitue pourtant à l'heure actuelle la pièce maîtresse de l'iconographie de la cornemuse en lorraine: quoique non entièrement visible, l'instrument est réaliste et détaillé. Le tableau décrit la rixe opposant un vielleux à un joueur de hautbois; trois personnages encadrent la scène : une vieille femme levant les yeux au ciel à gauche, le joueur de cornemuse relativement impassible et un violoneux à l'inquiétant rictus à droite. Tous les instruments sont réalistes : le vielleux, par exemple, a déboîté la manivelle de son instrument et la tient en main comme une arme, la vielle laisse voir le carré dans lequel cette manivelle s'engage. Le hautboïste brandit son hautbois, laissant apparaître une anche étonnamment courte montée sur celui-ci. Un second instrument à vent (flûte ou hautbois de facture plus simple ?) est glissé dans sa ceinture. De la cornemuse nous apercevons une partie du hautbois seulement. La clef qui apparaît en bas de la partie visible de celui-ci laisse deviner la présence d'une fontanelle (dont on aperçoit une petite partie sur l'original mais pas sur la copie de ce tableau conservé au Musée de Chambéry) probablement semblable à celle du hautbois. Le bourdon d'épaule se termine par un fort renflement correspondant très probablement à une chambre de résonance. Il s'agit donc d'un instrument de bonne facture possédant des caractéristiques que l'on retrouve sur d'autres type connus de cornemuses sans pouvoir être assimilé de manière strict à l'un quelconque de ceux-ci.

Le caractère populaire de la scène laisse penser qu'il s'agit de musiciens du cru, que l'on qualifierait volontiers de musiciens ambulants. Mais que sait-on réellement d'eux ? Sont-ils autochtones où s'agit-il de musiciens circulant de région en région à l'image de ces musiciens italiens joueur de Zampogna et de Piffero (noms italiens de la cornemuse et du hautbois qui l'accompagne) qui parcouraient encore l'Europe au XIXème et au début du XXème siècle, remontant à pied jusqu'en Scandinavie et qui laissèrent de nombreuses traces tant écrites (15) que photographiques (16).

Un certain nombre d'experts ont par ailleurs conclu à l'inspiration flamande de ce tableau, ce qui expliquerait en partie la présence de la cornemuse, instrument très présent dans l'iconographie flamande de l'époque. L'instrument représenté par G. de La Tour ne correspond toutefois pas du tout à un modèle flamand.

Laissons de côté cette hypothèse sans pour autant pouvoir l'écarter et supposons notre joueur de cornemuse lorrain, le document va-t-il nous permettre de reconstituer une cornemuse lorraine ? Bien entendu il est possible de fabriquer un instrument d'après ce tableau, la présence du hautbois dans la main du musicien central nous permettant d'extrapoler la forme possible du pavillon non visible. Il nous manquera toutefois, outre la forme du bourdon, la nature de la perce, c'est à dire la conicité interne du hautbois de la cornemuse, conicité définissant la sonorité de l'instrument. Nous ne savons rien de l'accord de la gamme de l'instrument (certainement pas tempérée...) ni des techniques de jeu qui en permettait l'usage et définissait sa couleur musicale. En effet, les cornemuses imposent, de part le caractère ininterrompu des sons qu'elles produisent, et du caractère très limités des variations de pression possible, un certain nombre de techniques d'ornement permettant de détacher les notes et de leur donner une certaine sensibilité. Ces techniques de jeu varient d'un type de cornemuse à l'autre et son parfois radicalement différentes. On ignore enfin, le répertoire joué par ces musiciens."

http://jeanluc.matte.free.fr/articles/lorraine/cornlor.htm

 

 

 

La cornemuse en Lorraine

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article